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Voyage avec le Rovos en Afrique du sud

Voyage avec le Rovos en Afrique du sud

Le Rovos emporte de fortunés touristes en mal de romantisme old fashion à travers les paysages somptueux du Karoo. Près de 1 600 km à bord d’un cocon doré.

A bord du Rovos, entre Pretoria et Le Cap.

Ce paon sur le quai de la gare. Serait-ce un signe pour annoncer la magie du voyage qui débute ici, à Pretoria, et qui s’achèvera au Cap ? Un trajet d’environ 1 600 km à travers le haut plateau du Highveld, les étendues semi-arides du Karoo, puis les montagnes de la région du Cap.

Park Station est la gare privée de la compagnie Rovos Rail : un espace de plus de 24 hectares, éloigné du centre de la ville. Un coin serein, avec de la verdure. Des autruches y vivent. Le lieu abrite aussi les ateliers de maintenance des wagons de Rovos Rail, qui s’est spécialisé dans l’acquisition et la réfection de vieux matériel roulant. Ainsi, la compagnie possède des voitures-restaurants de style victorien, datant des années 1920, et des locomotives à vapeur dont la plus vieille a été fabriquée dans les années 1890.
Parmi la trentaine de voyageurs candidats à cette expérience old fashion, certains attendent le départ, prévu à 15h, dans le salon de la gare, le corps pris dans de mœlleux fauteuils. D’autres se font photographier devant la locomotive à vapeur en stationnement. Les plus curieux grimpent sur l’engin.

A 14h45, une forte pluie tombe.

Du personnel s’empresse d’apporter des parapluies aux touristes partis visiter les ateliers, à l’autre bout de la gare. Un geste d’attention qui préfigure certainement la qualité du service haut de gamme du voyage. Un homme va et vient. Afrikaner à la haute stature et à l’élégance british, Rohan Vos est le patron, fondateur avec sa femme Anthea de cette compagnie de chemin de fer.

Avant de saluer personnellement chacun des passagers, il les rassemble, juste avant le départ, dans la salle d’attente. Au micro, il les prévient de la “spécialité sud-africaine”. “En quittant votre cabine, fermez fenêtres et volets, car nous nous arrêtons dans plusieurs gares. Autrement, ils vont faire du shopping !” Puis, Rohan Vos en profite pour se moquer de touristes australiens. Une petite vengeance après la défaite en rugby, quelques jours plus tôt, de l’Afrique du Sud face à l’Australie.
A 15h30, « The Pride of Africa » (“La fierté de l’Afrique”), surnom du Rovos, se met en branle. Mais à peine quelques instants plus tard, il s’arrête : la locomotive à vapeur, simple attraction touristique, est remplacée par un engin électrique, plus endurant. Qu’importe le moteur, la magie, de l’intérieur, demeure. Les cabines sont des suites. Comme le Blue Train, son rival sud-africain, le Rovos a la réputation d’être un “cinq-étoiles sur rails”.

De la catégorie standard Pullman (1 100 € le ticket…) à la Royal Suite (qui coûte le double), en passant par la Deluxe Suite, toutes ces cabines pour deux personnes comportent douche (avec eau chaude) et WC. Et bénéficient du climatiseur, de prises électriques et d’un coffre-fort. Le lit est douillet.
Mabel, une des hôtesses, vient annoncer les services disponibles à bord, dont celui de blanchisserie. Chaque voyageur reçoit la liste des passagers. La plupart sont étrangers, des couples quasi-exclusivement, venus surtout d’Europe et d’Amérique. Dans la voiture panoramique se trouvant en queue – paraît-il le lieu préféré des voyageurs –, un vieux couple de Danois, les Berndt, prend déjà l’air et savoure. “C’est un rêve qui devient réalité”, confient-ils.
Avant de plonger dans la nature sud-africaine, le train doit quitter la zone urbaine de Pretoria et de Johannesburg. Et traverser plusieurs gares. Sur les quais, d’autres voyageurs, uniquement des Noirs, attendent les trains de banlieues jaune et gris du réseau Metrorail.

On passe près de bidonvilles.

Le temps vire aussi au gris et la pluie s’en mêle. A l’un des arrêts, des mains extérieures tapent sur les volets, et des propos visiblement hostiles sont lancées à destination des voyageurs enfermés dans leur bulle de luxe. “Nous nous sommes sentis coupables”, confieront les Warnquist, un couple d’Américains.
Vers 19h30, le son plus agréable du xylophone parcourt le train pour annoncer le dîner. Un plaisir sans partage semble alors être revenu. La voiture-restaurant est ornée de boiseries. Le costume-cravate est de rigueur pour les hommes. N’étaient le bruit et les craquements du train, la salle faiblement éclairée est silencieuse. A un moment, le wagon est fortement ébranlé, ce qui fait rire les convives. Une secousse plus intense se reproduit juste après : on rigole déjà moins…

A l’une des tables, Madame Jones, une Britannique accompagnée de son mari, discute avec ses voisins. “Maintenant que nos enfants ont quitté la maison, explique- t-elle, nous avons du temps.” Elle voudrait multiplier les escapades ferroviaires : le train des Andes, le Blue Train et l’Orient-Express, évidemment. Elle voyagerait bien, ajoute-t-elle, dans un train moins confortable, mais son mari “aime le confort”. M. Jones travaille dans l’industrie pétrolière, au Ghana. Le couple s’est réservé l’une des deux suites royales. Plus spacieuse que les autres, elle comprend aussi une baignoire en plus de la douche.

Le plat principal arrive. Du springbok (antilope sud-africaine) est servi. “C’est ma première fois”, confesse Mme Jones. Pour les autres aussi, sans doute. Plus tard, des gâteaux sont portés aux tables des Jones et des Warnquist : c’est l’anniversaire des deux hommes. Le personnel, emmené par la train manager, la souriante Mart Marais, pousse la chansonnette. Tout le monde semble ravi. A la fin du repas, le serveur Eugene demande aux Berndt si tout s’est bien passé. Inspiré, Peter, qui sait que le voyage dure plus de cinquante heures, répond : “Oui, nous reviendrons demain !”. Dans les chambres, les lits sont déjà préparés : la couverture est pliée en haut, les coussins superposés. Sur la table, le service de thé est posé.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/voyage/article/2011/07/25/de-pretoria-au-cap-le-rovos-cinq-etoiles-roulant_1546186_3546.html#LjW2Owr2Q8Q5hHrD.99